J'ai eu comme l'impression de regarder un film hommage à Wong Kar Wai réalisé par un imitateur. Difficile à réaliser mais force est de constater que pour ce film Wong n'était que l'ombre de lui même. Il semblait se forcer à remettre des plans identiques à ses autres films pour prouver au spectateur qu'il s'agissait bien de lui (les ralentis surabondants, les nombreux plans du métro aériens en référence à Fallen angels et Happy together, Jude Law qui boit au ralenti comme Tony Leung dans Chungking express, l'ambiance bar et l'histoire des clés laissées qui rappellent la lettre laissée par Valérie Chow à Faye Wong toujours dans Chungking, Su Lynne en référence à Su Lizhen ou encore Yumeji's theme repris à l'harmonica... et j'en passe).
Avec le départ de Chris Doyle, on ne peut que ressentir l'absence de ce qu'il apportait, cette capacité à capturer une idée, une atmosphère avec une facilité déconcertante. Darius Khondji n'a rien à se reprocher, après tout, n'est pas Chris Doyle qui veux. On sent que pour ce premier essai de long-métrage en langue anglaise, WKW a aussi voulu américaniser sa réalisation. Il suffit de voir le montage des scènes comme celle de la partie de cartes (ça nous changera du Mah-jong pour une fois) ou encore la scène en voiture pour le remarquer au point que parfois je me suis pris à faire le rapprochement avec Tony Scott (!).
Le passage aux Etats-Unis est cependant réussi sur un point particulièrement attendu au tournant: les acteurs sont bons et collent au style Wong Kar Wai. Mais là encore le bas blesse, ils n'arrivent pas à être aussi attachants qu'à l'accoutumée peut-être à cause de dialogues trop fades et de voix off qui n'ont rien de réellement intéressant à raconter. D'ailleurs cette impression de vide se ressent. Le film m'a semblé court et pourtant je n'ai pas eu l'impression que l'histoire ai vraiment avancée ou qu'elle ai été d'un grand intérêt.
Pourtant scénaristiquement les thèmes chers à WKW sont là: les rencontres, l'exile, la mémoire, l'instant et la mort (encore une fois la mort de Leslie Cheung hante de le film... rappelez vous du prénom du personnage interprété par Nathalie Portman). Peut-être que cela ne colle pas à cause du "happy end" trop rare chez Wong Kar Wai qui rapproche toujours un peu plus ce film de Chungking express. Ici tout semble un peu mièvre, beaucoup moins poétique que dans ces oeuvres précédentes et cela favorise à considérer le film comme creux.
Alors malgré cela le film semble être un Wong Kar Wai mais un Wong Kar Wai qui y met de la mauvaise volonté. Cela paraît faux et ça se ressent. Le film ne m'a pas vraiment ému et c'est regrettable... J'attends avec impatience The lady from Shanghai pour voir la tournure que prendra la carrière de ce réalisateur qui me déçoit pour la première fois.
